J’ai intégré plusieurs réseaux d’entrepreneurs dans ma région, chacun ayant sa particularité : entrepreneur(e)s en création, entrepreneures uniquement, entrepreneur(e)s en Coopérative d’Activité et d’Emploi, entrepreneur(e)s du numérique… Évidemment, lors de discussions avec mes collègues, on aborde très vite la question de leurs besoins numériques. La création et la vie de l’entreprise sont un contexte propice aux projets numériques. Ou plutôt, le développement d’une entreprise est un projet qui nécessite d’être pour une part numérisé – ne serait-ce que pour des questions légales (voir cet article sur l’obligation relative à la facture électronique : pour l’émission en 2027 pour les PME et 2026 pour les autres + pour la réception en 2026 pour tous).

Cependant, j’avoue ne pas avoir beaucoup de clients parmi ces entrepreneur(e)s. Un grand nombre sont à un stade précoce de leur projet et avec un budget plus que limité. Pour les autres, c’est presque trop tard ! Ils ont trouvé un prestataire technique et ne perçoivent pas forcément l’intérêt d’avoir un pilotage par le fonctionnel : le prestataire va installer la solution qu’il a l’habitude de mettre en place sans se poser de question. D’autres encore ne souhaitent pas interroger leurs pratiques et sont ok voire ravis de confier leurs outils à des fournisseurs propriétaires hégémoniques comme Microsoft, Apple ou Google – sans voir qu’alors ils risquent de s’enfermer dans une bulle un peu hermétique pour leurs parties prenantes. Ces entreprises plus mûres ont bien des projets numériques, mais mon approche E.S.S., le fait que je ne fasse pas partie de club business, mon positionnement en faveur des outils libres ne les encouragent pas forcément à me considérer comme fournisseur potentiel.

NB : pour préciser mon positionnement par rapport aux outils propriétaires, contrairement aux apparences je ne suis pas contre : ils peuvent être performants et utiles. Quand on les a, c’est important de savoir bien les mettre en œuvre. Mais je pense qu’ils peuvent s’avérer dangereux dès lors que considérés comme irremplaçables (tout outil irremplaçable est dangereux à terme), ou bien du fait de leur hégémonisme et leur puissance (dans notre contexte sociétal), et/ou quand ils remplissent un service qui devrait être public (comme les réseaux sociaux qui remplissent actuellement le rôle d’agora, de place publique). Et leurs attitudes en tant qu’acteurs économiques peuvent être un frein à l’innovation collective.

framasoft
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Le constat ci-dessus réalisé, je continue à avoir envie d’aider, dans leurs projets, ces entrepreneurs locaux, notamment ceux qui seraient ouverts :

  • à l’approche numérique fonctionnelle (ne pas choisir d’abord la solution, mais d’abord outiller le métier en exprimant ses besoins ainsi : « en tant que… je souhaite … afin que… » – c’est la base)
  • à des outils libres et sécurisés qui permettent à la fois des coûts limités, une souveraineté conservées sur ses propres données et une interopérabilité
  • à un travail en confiance, au sein d’écosystèmes basés sur les structurations juridiques stables et locales (comme les coopératives d’activité et d’emploi)

Pour l’instant, ceux qui répondent à ce critère sont essentiellement des acteurs de l’ESS. Bon, j’avoue que je les favorise avec une remise systématique substantielle !

En ce qui concerne les nouvelles activités et entreprises en création (qui ont aussi droit à une remise évidemment !), les doter d’outils numérique est intéressant, car tout est à faire. Et sans vouloir l’imposer à toutes ces structures, je me disais que par exemple, un système d’information comme odoo, qui permet tant de choses (CRM, devis et facturation, comptabilité, site internet, et plein d’autres modules !) pourrait être profitable à ce type d’organisation. Au-delà de cet outil, j’ai développé une connaissance assez large des outils et de fournisseurs, connaissance que j’ai envie de partager à mes collègues que je vois peiner, ne serait-ce que pour avoir un espace de drive, ou un agenda électronique synchronisé sur leur téléphone. Mais qui dit pas de budget, dit trouver des idées pour les rejoindre. Pour l’instant, ce qui a été possible de mettre en place, ce sont des ateliers collectifs gratuits organisés à la pause méridienne par exemple. Ainsi, le réseau Créez Comme Elles m’a proposé d’intervenir en juin dernier pour une session « Outiller son entreprise avec un système d’information » à laquelle 4 collègues ont participé.

Pour cette session, j’ai choisi de proposer un format très ludique – j’avoue ne pas trop apprécier quand ces temps deviennent des présentations commerciales de l’activité de l’intervenante. De plus, j’avais testé avec le réseau SynerCoop un format similaire mais perfectible, j’avais donc une base sur laquelle construire une proposition. J’y ai passé un peu de temps, mais j’avoue que je me suis amusée à faire cela. Et comme, apparemment, les participantes ce sont également bien amusées, je suis heureuse de vous le proposer ici en CC-by-SA. Merci donc à Martine Pougaud, Anaïs Mérat, Nadége Descrot (sur la photo), ainsi qu’à Lydie Tailland, de s’être ^prêtées au jeu !

Ma démarche pour créer ce jeu a été similaire à celle de la recherche ou conception des outils numériques et systèmes d’information : on part du besoin. Ici, le besoin de l’association était de proposer un temps sympathique où les membres pouvaient être ensemble et si possible, aborder une thématique utile pour leurs entreprises. Le besoin des participantes étaient le même, avec l’envie, puisqu’elles s’étaient inscrites spécifiquement, de repartir avec des outils concrets pour le système d’information de leurs activités. Et le mien était de me faire connaître, et de montrer ce que je savais faire. Pour élaborer ma proposition, j’ai souhaité simplifier et améliorer une proposition précédente que j’avais conçu assez complexe : la base est donc un simple jeu de l’Oie « à l’envers » car un des messages de Créez Comme Elles est que, dans l’entreprenariat, il est important d' »oser », d’aller vers l’extérieur. Le plateau de jeu ressemble, du coup, à un escargot : j’ai baptisé le jeu « Sors de ta coquille ! ».

Comme vous le voyez, c’est assez artisanal ! C’est ce qu’on appelle en informatique une « maquette fonctionnelle ». Il y a quand même dans ce travail une grande part de créativité, et dans les 19 cartes « chance » (qui font plus penser au Monopoly sans doute), je me suis attachée à décrire des situations numériques que peuvent rencontrer les entrepreneur(e)s. Tout est en CC-by-SA, et j’estime que la valeur ajoutée est beaucoup dans l’animation c’est-à-dire le commentaire qu’on va faire des choix des participants et des événements du jeu.
Prévoir 60 à 90 mn de jeu.

Il faut se munir de pions joueurs (autant que de joueurs : entre 2 et 5), de pions « P » = « prospects » assez nombreux (environ 50), de jetons « J », et si besoin de billets ou jetons plus gros correspondants à 5J, 10J, 20J… pour constituer une banque. On peut réutiliser des « monnaies » d’autres jeux, et pour les pions joueurs et prospects, de mon côté, j’ai valorisé la collection de fèves de galette de rois de mes enfants 😇 ! Ensuite, il suffit de suivre les règles du plateau. Sur la case marquée d’un petit outil (clé plate), on peut choisir des typologies d’outils, avec l’aide de l’animateur, dans les catégories proposées : Prospection/Vente, Production, Communication, Gestion de documents et données, Interactions avec des parties prenantes. L’idée est de parler, par exemple, d’agenda, de traitement de texte, de drive,… plutôt que des marques : le débat n’est pas sur le fait que l’outil soit libre ou non ! L’animateur oriente sur le choix des outils, et on peut si besoin évoquer des marques. Certains outils remplissent plusieurs fonctions. Tous les outils ne sont pas au même « tarif » : l’animateur peut s’être fait une grille au préalable pour définir le coût (1 ou plusieurs J) des outils que les participant(e)s veulent acquérir. Cette grille n’est pas fournie car elle est très évolutive et potentiellement infinie, donc à adapter selon le contexte, et si l’animateur a une bonne connaissance des outils, il n’en a pas réellement besoin : il décide au fur et à mesure. Les typologies d’outils acquises au cours de la partie sont inscrits dans un tableau que chaque participant a.

L’idée n’est pas de modéliser la vie des entreprises mais de créer une occasion d’échanger sur ces pratiques, de partir de ce que savent les participant(e)s et aller plus loin en parlant de leurs propres besoins, tout en s’amusant.

A la fin, il est probable que les participants restent un moment sur la case 19, et c’est là qu’il peut être intéressant d’avoir emmagasiné pas mal d’outils… Le but du jeu est simplement d’atteindre la case 20. Pas forcément le/la premier/première. Pas forcément avec le plus de prospects ou de jetons. Comme dans la vie, chacun peut se définir son objectif. Par contre dans le jeu, assez systématiquement, on finit riche !

Vous trouverez l’ensemble du kit à ce lien : https://kdrive.infomaniak.com/app/share/635639/29d5141a-a1f1-469e-933e-25d75f038a2d

Si vous l’essayez, je suis à l’écoute de vos retours (par mél ou en commentaire).